jeudi 5 février 2009

La visite de la bay curieuse au pays du vent

Nous sommes désormais à Invercargill. Si nous y sommes si tôt c'est que nous avons pris la lourde décision de snober la principale attraction de l'île sud, Fiordland. On ne va pas s'étendre là-dessus et je reconnais une certaine contradiction chez le voyageur qui condamne le tourisme. Pas facile de saisir la nuance. Enfin, toujours est-il que nous sommes désormais dans une petite ville pas trop moche, devant un musée accoudé à un jardin botanique superbe. Nous visitons les deux. Nous rencontrons le Tuatara derrière son plexiglas. Reptile préhistorique. C'est Denver avec un troisième œil. Il parait qu'il descend tout droit du jurassique, pas la moindre évolution depuis. Ça nous impressionne mais la question se pose quand même. Est-ce un crime suffisant pour être enfermé dans une cage?!? mmmmmffffff... En tout cas, il doit être sacrément mélancolique et regretter le temps béni des tyrannosaures.
Un peu plus tard dans l'après-midi, Nono, assis sur un banc, voit revenir vers lui sa belle qui rayonne comme au plus beau jour. Des hêtres géants lui font une haie d'honneur. Ils se retournent sur son passage. Ils la dévorent des yeux. Elle est un univers de volupté, de grâce, de bonheur. Je suis amoureux. Après-midi magique sous le soleil d'Invercargill, dans sa tranquillité de petite ville paumé du bout du monde. Après-midi inoubliable. Après-midi avec toi.

Vers 5 heures on se casse de là. On roule jusqu'à un camping dans Curio bay. Nous nous arrêtons plusieurs fois sur la route pour nos retrouvailles joyeuses avec l'océan et les habitants des plages. Les huîtriers donnent la leçon à leur petit. Les algues se dessèchent au soleil. Les gros lions de mer ouvrent à peine un œil lorsque nous passons à côté d'eux. Dire que ces gros tas de gras passent la majeure partie de leur journée à glander au soleil...
Derrière nous les mastodontes, devant nous notre nid pour la nuit. Un petit camp au milieu des flaxes (typique roseau-chanvre néo-zélandais) et des phoques avachis. Les canisses sont faites de végétations florissantes, abris anti 40ième rugissant. Les commodités plus que sommaire. Deux espèces de vieux bunker rouillés superbe de décrépitude réaménagés en micro-cuisine et douche. En fin de soirée, toujours dans une décontraction rare, nous partons visiter nos voisins pingouins sur une forêt fossile pour une petite leçon d'abnégation parentale...

mardi 3 février 2009

Queenstone

Descente tranquille, sereine, avec le soleil. RAS. Sauf peut-être que Sophie a fait tomber dans le ruisseau les godasses qu'elle avait précautionneusement enlevées pour éviter de les mouiller. Les pieds gelés et les chaussures trempées malgré tout. Nono a bien ri.
On se barre à Queenstone, les cheveux dans le vent, Mister Iggy chantant rien que pour nous. Finalement, Queenstone. Ville mythique du grand large sudiste. Fait partie de la mythologie des aficionados des sports à forte sensation sans le moindre risque. Fait partie de la mythologie de tous ceux qui aiment à dire, "j'y ai été en hiver comme en automne". Queenstone c'est aussi le fief de tous les tours opérateurs qui vous embarquent sur les traces de Frodon et de cet ersatz de Tolkien, j'ai nommé Peter Jackson. Queenstone, ville fantôme pleine comme un œuf. Queenstone, pas de lit sans réservation mais des vans plein le parking des hôtels. Queenstone, j'ai trouvé que tu puais la merde et l'hypocrisie. On est pas resté longtemps, mais le cap d'Agde, ou Valras, quand j'étais petit, m'ont vacciné contre la superficialité de ton peuple sauvage et de leur Ray-Ban et de leur morgue. Mais il en faut pour tous parait-il. Passons.
Nous avons planté la tente un peu plus loin, refait le plein de victuailles, et surtout, surtout, dépensé beaucoup d'argent dans un inavouable et odieux festin. Tu l'insultes encore ta civili civila civilalisation connard ? Bonne nuit.

lundi 2 février 2009

Pour le cri du Kéa

Aujourd'hui ascension du mont Armstrong. 1700m de dénivelé. Il va falloir être costaud. On se retrouve là après une journée à hésiter, avancer, reculer, fuir la pluie, le doute, le ras le bol. Les aventures picaresques c'est bien, mais l'absence totale de planning nuit parfois à la sérénité. Bof! Il fait beau aujourd'hui et nous pensons savoir où l'on dormira ce soir. Autre bonne nouvelle, une seule rivière à traverser, à gué, sur tout l'ensemble du parcours. Problème, il est à peine 8 heures et nous sommes déjà devant. On enlève les chaussures et plongeons nos arpions timides dans le cours d'eau docile mais glacial. Les galets nous défoncent la plante des pieds tandis que l'eau fraîchement redevenue liquide nous brûle la peau. Réveil assuré et puis, tu nous diras, on en a vu d'autres...
Que dire de la montée? Deux heures dans la forêt sombre, Le vert des mousses, le poids du sac... Je ne refais pas le couplet. Nous voilà en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire en dehors de la limite forestière et nos ombres s'étalent sur une dizaine de mètres en direction de l'ouest au milieu des touffes de tussoks. En face, une partie des Alpes et le mont Aspiring qui dépasse tout le monde d'une tête. Nous le saluons. Encore quelques centaines de mètres. Le sentier court sur le dos de la crête. Des deux côtés, la pente est tellement abrupte que nous avons l'impression parfois de marcher sur un fil. Nous ignorons le vertige et sur un petit plateau, nous apercevons le toit rouge de la hut. Nous sommes à mi-parcours, il est 10h30. A l'ombre des gros murs rouges, nous nous félicitons du chrono tout en ôtant nos habits trempés de sueur.
La hut est un véritable refuge de haute montagne. Toute neuve, elle donne un peu l'impression d'un abri antiatomique avec sa grosse porte capitonnée et sa poignée galiléenne. Un couple d'israélien occupe encore la chambre. Ils nous rendent difficilement le good morning que nous leur adressons gracieusement. Nous n'insistons pas. Face au glacier qui réverbère la lumière d'un soleil généreux, nous nous installons pour un petit casse dalle. Devant nous, le mont Brewster. Sommet: 2500m. Terrain de jeu des alpinistes confirmés ou débutants. Il me nargue ce con. Je m'en fous, je l'ignore. Tandis que nous avalons notre encas, une petite famille de blonds déboule. Nous engageons la conversation. Nous apprenons que c'est le baptême de montagne pour la petite dernière, Emily, 6 ans. Mille mètres dans les pattes pour une première. Pas mal. En tout cas, bon moyen pour savoir où elle en est la gamine. Si elle s'en sort sans chouiner, ce sera gagné. Sinon, il y a de grandes chances qu'elle finisse ses jours dans le dénivelé moins vache d'Auckland et ira passer ses vacances à Bali. Le père nous raconte son ascension du Mont Brewster. Il est beaucoup moins hautain qu'il n'en a l'air. De l'autre côté de la hut, nous rencontrons d'autres marcheurs qui viennent juste d'arriver. Voyant nos affaires étalées anarchiquement ici et là, ils nous conseillent de nous méfier des voleurs. Les Kéa, perroquets de montagne, rodent et ils sont de sacrés chapardeurs. "Les Kéa, répond Nono les yeux qui brillent, ils peuvent venir, je leur donne ce qu'ils veulent du moment qu'ils gardent la pose".
Les sacs allégés de quelques affaires, nous entamons la seconde partie de la montée. Cela ne parait pas si difficile vu d'en bas, mais la pente s'avère beaucoup plus chiée une fois sur le dos rond du mont bras fort et surtout, pas de balise mais des cairns disséminés par diverses bandes d'apprentis guide de montagne plus ou moins mongoles. Après s'être retrouvés une fois ou deux emmerdés par la débilité profonde des itinéraires bis, Nono décide d'ouvrir le chemin et de ne se fier qu'à sa lecture du coteau. Derrière, Sophie s'accroche, grimace, puise tout au fond pour arracher un sommet une nouvelle fois très mérité. Et quelle récompense encore. Pas la queue d'un cumulonimbus, pas de brume, pas de vent mais des glaciers, petits, grands, des falaises vertigineuses et la chaîne de montagnes, dressée, nous encerclant comme l'armée des soldats de Xi'an. Alors que Sophie se remet tant bien que mal de l'effort psychologique qu'a représenté pour elle la montée, Nono exulte de joie. Le comble pour un petit mec, c'est de se grandir assez pour atteindre le sommet des montagnes.
Le temps s'est arrêté. Malgré tout, il ne faut pas oublier de redescendre de notre euphorie et de regagner la hut. Doucement mais sûrement, nous nous dirigeons vers le toit rouge perché sur son promontoire, perdu au milieu de la montagne aux Kéas. Ces derniers sont restés invisibles. Nous avons bien observé quelques mouettes en vadrouille, quelques mouches, quelques sauterelles et autres papillons, mais pas le moindre foutu Nestor. De retour à la hut déserte, nous flemmardons, lézardons, bouquinons. Les minutes s'enchaînent tendrement, elles s'accumulent jusqu'à former des heures. Toujours personnes en vue. Nono profite de cette quiétude inespérée pour une toilette, à poil devant le robinet qui surplombe la vallée, le soleil caressant de ses derniers rayons son zob reconnaissant. Tout bonnement orgastique. Un slip propre emballe le paquet et le couple de tourtereau convole en un amour hélium platonique. Nous préparons le frugal repas presque en apesanteur jusqu'à ce que deux présences nous fassent sursauter. Les blaireaux de Tel Aviv redescendent du Mont Brewster. Partis bien après nous, ils ont tenté l'aventure sans équipement, tard dans la journée et avec leur sac de rando. Nous ne savons rien d'eux, sauf qu'ils écriront avant de repartir vers la vallée qu'ils ont failli y rester et que sur leur tronche, il est marqué qu'ils reviennent de loin. Sont-ils nés cons, sado-masos, suicidaires ou est-ce que trois ans de service militaire dans un pays en guerre a fini de les lobotomiser ? Nous ne saurons jamais, mais quel soulagement lorsque nous les voyons s'éloigner. Il est passé 7 heures du soir. Il fera nuit dans une petite heure. Je me questionne encore à leur sujet 8 mois plus tard... Du coup, leur départ nous hallucine. Désormais, qui pourrait venir dynamiter notre tranquillité alpine. Personne. Personne sauf qu'un drôle de cri se fait entendre. Une sorte de complainte, une sorte de cri d'oiseau, un KEEEE AAAA perçant. Serait-ce? Oui. Il est là, le bouquet final, sur un rocher à cinq cents mètres de la hut. Le seigneur de la montagne, le Nestor notabilis. Mon martyr chéri, mon prince olive, mon génie aviaire... J'en fait trop? Pardon. Plus simplement, le point final de la journée, l'observation d'un oiseau sérieusement menacé pour des raisons que je ne développerais pas, nous pousse au paroxysme d'une sensation d'enchantement mystique, comme si quelque chose quelque part... J'en fait trop? Pas si sûr. Toujours est-il qu'après un laps de temps x ou y, l'oiseau ouvre ses ailes vermeilles pour le plus grand bonheur de Sophie qui l'avait justement au bout des jumelles, tournoie au-dessus de nous et vole vers un cri, là-haut, dans le ciel qui glisse lentement vers nous. Nous retournons à notre soupe, blottis dans notre hut, avec comme plafond un ciel de brume.

samedi 31 janvier 2009

La montagne dans les nuages

Nous commençons par prendre l'habitude des nuits passées dans la voiture. Cette dernière fut presque bonne. En tout cas, au premier coup d’œil au travers du parebrise embué, nous nous apercevons que le ciel est toujours aussi bas, dissimulant la cime des arbres, voilant notre optimisme. On quitte notre parking du bord de mer, faisons les vingt kilomètres de piste pour atteindre une table de camping et y prenons notre petit déjeuner. Il fait frais. L'humidité est pénétrante. On s'installe, un peu grelottant, un peu sinistre. Lorsque tout à coup le ciel se déchire, ouvrant un corridor de clarté et nous offrant une vue imprenable sur les deux golgoths du quartier, desquels dégoulines les fameux glaciers.
Telle une injection de méthadone, la vue splendide découpé dans les gros nuages, éphémère mais intense, nous projette dans ce qui fait la quintessence du voyage, c'est à dire, la découverte de nouveau horizon, d'instants uniques, inoubliables. Deux minutes plus tard, le spectacle terminé, le rideau tombe sur la scène et les artistes de glaces et de roches s'en retournent à leur loge. Revigorés, nous partons visiter le second glacier du coin (Fox Glacier). Cette fois-ci, nous bravons l'interdit et nous approchons tout près du monstre glaçon. Au fond de la vallée qu'il a lui-même creusé, la force tranquille qui s'en dégage est enivrante. Immobile, bleus lumières, blancs sales, géométries improbables, on dirait une jonque géante avec sa voilure de glaces. Nous restons un instant interdit devant lui, avant de nous en retourner à notre route.
Nous roulons jusqu'à Haast. Un peu d'essence. Juste un peu parce que le point commun entre tous les trous du cul de monde c'est le prix exorbitant du litre d'essence. Enculé de pétrolier. On plante la tente en fin d'après-midi dans un petit camping, avant de partir à la chasse au pingouin à Jackson bay.

vendredi 30 janvier 2009

Rentre tes blancs moutons! (contine populaire)

Westland National Park. Surnommé par des esprits chagrins Wetland National Park. Est avec Mt Cook National Park, THE parc of high moutains of the AMAzing Niou Ziland. Sur les vingt sommets de plus 3000 mètres que compte le pays, 19 sont situés dans ces deux parcs. La ressemblance avec les Alpes françaises est frappante. Tout du moins, d'après les photos que l'on en a vu... Effectivement, une des caractéristiques de Westland National Park et de sa principale bourgade Franz Josef, du nom du glacier Franz Josef, du nom du premier empereur Austro-hongrois Francis Joseph I Charles (mais à partir de là, ça devient trop compliqué), c'est ça pluviométrie Guinness book. 5 mètres par an, qui dit mieux ? Franz Joseph glacier doit également sa réputation à un phénomène unique en son genre, il fait partie des très rares rivières solides, si proche de l'équateur, qui s'écoulent jusqu'à un niveau proche de celui du niveau de la mer (300 mètres environ -le niveau du glacier pas de la mer ndlr-). Autre anecdote remarquable, le glacier a repris ces dernières années sa marche en avant. Il s'allonge lorsque tous ses congénères reculent, témoignant par la même occasion l'irréfutable et sordide complot mondial : j'ai nommé le réchauffement climatique ou global warming.
Mais voyons de plus près le fonctionnement du glacier. Il faut savoir que les glaces qui forment le glacier à l'amont proviennent de précipitations tombées sur la montagne il y a de cela 10 ou 15 ans, alors qu'en moyenne, les précipitations alimentant un glacier lambda sont d'un millésime vieux d'au moins 20 à 25 ans. Alors, success storie Franz Joseph? Oui mais à quel prix. Temps pourri, humidité, rhumatisme. Avec plus de 5000 millimètres de précipitations en tout genre (pluie, grêle, neige, grenouilles...) à 300 mètres d'altitude et plus de 15000 au sommet, on se croirait à Vancouver. Du coup, il n'y a que les touristes paumés et/ou sadomasos pour venir se perdre dans une région aussi hostile. (je ne reparle pas des mouches et moustiques).
Statistiquement, tu as 2 chances sur 3 d'y trouver une journée pourrie. Sachant qu'à notre 2ième jours, le ciel se trouve toujours suspendu à moins de 400 mètres d'altitude (on pourrait avoir les terrils du Pas de Calais dans notre dos que l'on ne s'en rendrait pas compte), il nous reste l'espoir des "lendemains qui seront des jours meilleurs" et autres "après la pluie vient le beau temps". Pathétique. Résignés donc, nous explorons hardiment les balises jaunes et de très loin, l'extrémité basse du glacier (il faut un guide de haute montagne et un kway bleu pour parcourir les deux cents derniers mètres de piquets fluos). Après quoi nous regagnons notre car à vannes pour une après-midi bières et chips sur un parking en attendant patiemment notre troisième jour et notre chance d'apercevoir un bout de bout de montagne.

PS: Pour plus de renseignements concernant Franz Josef tapotez Franz Josef sur google ou appelez l'ambassade de Nouvelle Zélande.
PS2: Dis-je que nous rencontrassions, alors que lentement la nuit s'installait sur une plage brumeuse et caressée d'embruns salés, un couple de vieux vanneux français et une otarie cariatide, trônant sur son rocher comme Jeanne D'Orléans sur son piédestal, nous toisant fièrement et impassiblement? NAN! tout le monde s'en branle de toute façon. Merde, putain, fait chier, bite, chatte, couille, poil de carottes râpés et choucroute en boite.............. Tuuup! Tuuup!Tuuuup!
Suite à une légère mais brutale scission entre l'auteur et son cerveau limbique, nous sommes dans l'obligation d'interrompre votre programme favori. Veuillez-nous en excuser et patienter jusqu'à que l'oligophrénie passagère de votre ami ne cesse et que ce dernier ne récupèrent les esprits qu'ils lui restent. Merci.

jeudi 29 janvier 2009

Y a des jours comme ça

Il pleut. Nono part acheter des viennoiseries. La tente sèche entre deux averses. Un mec attend que nous partions pour s'asseoir sur la place d'à côté. Sophie a mal au crane. On se connecte à internet. Nono oublie sa veste. On se prend la tête. On quitte l'auberge. On va en ville. Il pleut. On va à l'office. On fait une machine chez un concessionnaire General Motors. On achète deux shorts. La caissière s'appelle Raymond. On fait des courses. Sur la route, on mange une boîte de haricots rouges et un demi poulet froid. Un weka nous pique un os. On range la voiture. On va à Franz Josef. On écoute Dehors. On arrive à Franz Josef. Il pleut. On va à l'office. Il pleut. On croise une dernière fois les chinois. Ils sont mort de rire. Tsiang nous prend en photo. Tsiang va nous mettre sur facebook. On cherche un coin pour planter la tente. On se goure. On gueule. On trouve un coin pour planter la tente. On boit une bière. Nono plante la tente. Il pleut. Nono fait un feu sans flamme. Il y a de la fumée sans feu. Sophie cuit des pâtes. On mets une courgette et un poivron et de la sauce dedans. On boit une bière. Il y a des mouches. Il y a des moustiques. Trois mecs débarquent avec un gros 4*4 et des bières. Sophie fait les comptes: laundry 7 $; clothes 37$; shopping 84$, gas 51$, DOC 13$. Total de la journée 137$. On se couche. On dort. Il pleut.

mercredi 28 janvier 2009

Ils sont fous ces chinois

Nous sommes désormais à Greymouth. Nous avons planté la tente dans le jardin d'une très belle auberge de jeunesse. Nous allons pouvoir prendre une douche...
Greymouth se trouve sur l'embouchure de la Grey river et de là à dire que c'est une ville grisâtre, il n'y a qu'un pas. Greymouth c'est la principale cité de la côte. Greymouth, c'est aussi et surtout le berceau de la Monteith's, qui est ma bière néo-zélandaise préférée, et c'est déjà pas mal. De la bière justement, on se retrouve dans le pub Monteith's pour en boire. De là, nous établissons un plan pour le repas de ce soir. Nous prenons la décision de manger un bout en ville, enfin, quand on dit en ville, il ne faut pas non plus s'attendre à avoir l'embarras du choix. En Nouvelle Zélande, comme la plus part des commerces, certains restaurants ne sont ouverts que jusqu'à five PM, soit 17 heures, heure local. Après un bref tour d'horizon, nous n'avons repéré d'ouvert que le susnommé pub, un Mac Do, un KFC et un chinois fish & chips. Et un pakistanais? Oui peut-être mais pas aujourd'hui.
Nous jetons notre dévolu sur le chinois fish & chips. Cela reviendrai à faire en France un kebab choucroute ou un snack bœuf bourguignon. Adaptation. Ici, la cuisine exotique doit se plier au sacro-saint poisson frit qui est à la gastronomie un peu ce qu'est Jean Marie Bigard à l'humour. Ça finit toujours par peser sur l'estomac. Enfin, les englois et la nourriture, les artistes et la politique, passons.
Nous sommes maintenant devant le resto chinois. Simplissime. Surtout fait pour la vente à emporter. Nous sommes en Nouvelle Zélande, je crois que tu commences à comprendre. Néanmoins, une belle salle nous accueille à l'arrière, décorations classiques de ce type d'établissement. Du rouge, des dragons, des tables rondes et une chinoise, la quarantaine, il lui manque quelques dents, qui nettoie les tables (il est largement passé 5 heures (ndlr)). Évidemment, c'est l'heure du coup de balai puisqu'elle porte à chaque main un long gant rose et maintient entre ses pouces et index un pchit de désinfectant et une éponge. Nous lui demandons gênés s'il est encore possible de manger un morceau. Elle nous répond que oui avant de disparaître dans la cuisine. Elle en revient avec sets de table, couverts, cruche d'eau, cartes de menu et toujours à chaque main le gant mapa rose. La tavernière n'est pas franchement souriante, son regard semble transformer en trou noir tout ce qu'il touche. Nous sommes un peu embêtés par la situation. A vrai dire, ce n'est pas le fait qu'elle doit sûrement nettoyer les chiottes avec les deux mêmes gants qui nous dérange. Non, le hic, c'est qu'on a un peu peur qu'elle ne se jette par la fenêtre. Comme la salle est de plein pied, nous nous rassurons.
Choix cornélien qu'est celui de la commande. Perdu au milieu des dizaines de plats proposés par un resto asiatique, nous naviguons entre des archipels de poissons, de bœufs ou de poulets, des îlots de riz ou de nouilles, des récifs de raviolis ou de nems, des péninsules de chiens ou de serpents, des Atlantide de dragons ou salamandres ailées... Nousdeux fomentent un stratagème qui va leur permettre d'accoster un maximum de saveurs sans sombrer dans la surconsommation. La petite chinoise édentée revient et nous passons commande. Moins d'un quart d'heure plus tard, c'est le cuistot, un solide bonhomme cumulant certainement les casquettes de serveur, de plongeur et de mari, qui nous apporte nos assiettes. Nous le saluons et le remercions. Il est nettement plus souriant que sa femme et est un peu surpris lorsque nous lui demandons des baguettes. Une fois celles-ci sur la table, le repas peu commencer.
La bouffe chinoise peu parfois réserver quelques surprises mais Nousdeux commencent à avoir une petite expérience et savent jouer défensif. Nous avons dribblé le raie noix de coco ou la lotte au curry. C'est bon, c'est copieux, le restaurant nous appartient, nous mangeons tranquillement en regardant par la fenêtre les voitures qui passent. Deux autos s'arrêtent sur le parking en face. Nous remarquons à peine la dizaine de chinois qui en sortent. En deux petites minutes, ils sont sortis de notre champ de vision et de nos esprits. Pas pour longtemps. Cinq minutes plus tard, la troupe pénètre dans le restaurant dynamitant la tranquillité qui nous berçait. Ils parlent fort, tous en même temps, sans nous voir. La petite dame au sourire envolé accourt. Elle ne l'a pas rattrapé bien au contraire. Sur son visage, on lit maintenant une grande anxiété. Nous ne comprenons pas vraiment qu'est ce qui motive une telle excitation. Le mandarin garde pour nous tout son mystère mais nous les regardons amusés tourner autour de la table, s'asseoir, se relever, sortir, rentrer. L'un deux vient nous voir. Il s'appelle Tsiang et, en habitué de la culture occidentale, s'excuse d'abord pour l'apparent manque de savoir vivre de ses compatriotes. Nous rétorquons qu'en tant que chercheur d'authenticité ce bain de chine est pour nous dès plus agréable. S'en suit une conversation très charmante entre lui et nous. Il nous apprend qu'il étudie à Auckland et que sa famille profite d'une visite qu'elle lui rend pour faire un tour du pays. Autour de nous, l'agitation semble prendre fin. Ils sont presque tous à table. Cela ne va pas durer. Un des hommes sort de la cuisine. Il s'y était introduit pour nettoyer son parapluie, le petit finot. Il en revient catastrophé, prononce un perçant discourt. S'en suit qu'en procession, tous les chinois partent pour leur inspection de la cuisine. Tsiang nous traduit au fur et à mesure les découvertes de la brigade rouge section répression des fraudes. Ça piaille encore un peu puis ils disparaissent comme ils étaient venus.
Le calme est revenu. Pas de dessert. On paye et on se casse, un peu déboussolé, pas vraiment rassasié. Sous sa coupe au bol, la petite chinoise a retrouvé sa mine désabusée, le patron quand à lui a disparu. On sort mais on a encore faim. Alors deviner quoi? On se retrouve dans la file d'attente du KFC pour une barquette de cuisse de poulet frit... Que voulez vous, on échappe pas indéfiniment à la fatalité. Moins de trente secondes après notre entrée dans le fast food, deviner quoi? La clique des brigades du tigre débarque à son tour. Mort de rire sont nos petits chinois malins. Tsiang en profite pour taper la discute encore un peu. Il est vraiment sympa ce Tsiang. La barquette de poulets aux hormones élevés sous allogènes est prête. On salue encore une fois les chinois qui se marrent encore. Cette fois, ils n'iront pas visiter la cuisine...

Diaporama


Vers 6 heure du matin, un rayon de soleil multicolore embrase la hut. Rapide coup d'œil à l'extérieur. Lever de soleil magistral, explosion de teintes tropicales, splendeurs horizontales pyrotechniques. Six heureS, trop tôt pour se lever. On repose la tête sur l'oreiller pull-over et repartons pour au moins une heure de sommeil. Une heure, c'est le temps qu'il nous reste avant que la première expédition pipi ne soit organisée. Bientôt neuf personnes s'agitent autour de leur petit déjeuner. Brassage culturel. Nousdeux hallucinent un peu sur la recette du bacon au beurre. On nous en propose généreusement. Nous refusons poliment le super concentré en cholestérol.
Longue discussion avec Peter. Nous apprenons qu'il est le courageux géniteur de 4/5 des bécassines pré-menstruées. Nous apprenons également qu'au moins autant de bambins l'attendent patiemment à la maison. On lui raconte notre histoire. Il commente à peu près tout par "lovely".
Nous décollons vers 9 heures. Nous sommes les premiers partis. Un doute cependant. Certains éléments laissent à penser que nos amis lapins ne procéderons pas au nettoyage civique de la hut. On s'en fout à vrai dire, mais c'est que nous sommes les seuls à nous être inscrits dans le registre. Les visiteurs de ce soir risquent de se dire " Regardes moi ça, ces connards de français viennent jusqu'ici dégueulasser le paysage et les lieux publics. Y-z-en-ont pas assez à saloper avec leur côte d'azur, leurs Alpes et leurs Pyrénées?", alors que Nousdeux sont deux ambassadeurs irréprochables du savoir vivre!
Nous reprenons le même chemin que la veille. La seule différence, hormis la direction, c'est la visibilité. Plus de brume, plus de pluie. Du coup, même sentier mais deux balades complètement différentes. Nous allons une nouvelle fois observer tout un tas de trucs et de machins très intéressants, mais j'ai vraiment trop la flemme et puis les descriptions botanico-bucolico-mystiques commencent vraiment à me les briser. Je ne développerai pas plus et laisse aux photographies le soin de vous décrire la descente. Merci.