lundi 9 février 2009

Là où l'on enferme les Albatros...

On roule. On s'arrête. On regarde. Des fois, on rencontre des gens. Des fois, on parle à personne. Des fois il fait beau. Des fois il pleut. Des fois on plante la tente, des fois on dort dans la voiture (de plus en plus confortable, peut être on rapetissais-je?). Des fois on mange des pâtes et une fois on mange des sushi. Surtout, on ne se laisse pas abattre par toute la connerie environnante de ce monde absurde. La journée à Dunedin fut étrange. On s'est beaucoup promené malgré le temps électrique. Les ions sont partout. La chaleur étouffante. Pourtant, il y a beaucoup d'air, des nuages et un soleil orange. Impossible de définir réellement ce jour apocalypse. Nous apprendrons un peu plus tard que nous ressentions les effets des incendies dans l'état de Victoria de l'Australie voisine (+ de 2000 km quand même). Époustouflant.

Finalement on se retrouve sur la péninsule de l'Otago pour un vieux délire baudelairien. Voir des Albatros. Il y a, au bout de la péninsule, une petite colonie du géant misanthrope, la seule dans un environnement ""continental"". Une petite colonie où les oiseaux marins viennent mettre au monde une nouvelle génération. Difficile d'échapper au phénomène tant la com touristique de la région est portée par le site. Du coup nous nous prenons à rêver:


Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.


A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.


Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!


Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher...


C.B.


Oui mais voilà, le site est également une ancienne prison. Un fort avec des grillages et des barbelés au dessus. "Pour protéger les précieux animaux de la débilité ponctuelle d'un potentiel aliéné", me direz vous. "Pour faire du fric sur une richesse qui n'appartient à personne", vous répondrai-je. La première comme excuse, la seconde comme évidence. Nous profitons tout de même de l'exposition mais quittons exaspérés le cachot. Bientôt les jeunes albatros partirons pour 5 années loin de la terre ferme. 5 années de vol au dessus de l'océan. Des milliers de kilomètres avant de retrouver les terres émergées et à son tour, donner le jour à une nouvelle génération. Vous ai-je déjà dis que j'enviais les oiseaux?