dimanche 14 octobre 2012

pustule

Pustule C'était un jour de pluie. Une de ces sales journées de décembre où tout vous colle au cœur. Avec du plombs dans les veines, j'avais envie de te dire combien je t'aime. Je ne sais pas, peut être que si le soleil avait brillé pour nous cette nuit là, sans doute aurais-je remis à demain ce petit mot? Ces choses là ne tiennent pas à grand chose, c'est pareil pour tout le reste. Ça a commencé comme ça, dès les premières secondes, un blues horrible et personne pour me serrer fort, pour me rattraper, alors la chute, irrémédiable, longue, n'y a-t-il jamais de fond? Je me suis fait monter un café quand même. Juste un café, je n'avais pas faim. De toute façon, mes placards et frigo étaient déserts, inutiles. Puis j'ai allumé une clope, terrible de mauvais goût, j'avais un peu envie de souffrir, c'est bon signe, l'envie. Je suis sorti. Dehors, sous le déluge, les grands oiseaux noirs dansaient le réveil macabre du jour. Suspendus aux courants d'air, ils se gaussaient de voir combien nous étions pathétiques, erratiques petits êtres en souffrance sous le couvert des nues torrentielles. Même les ombres avaient fuient cette terre de désolation. J'ai filé par les venelles qui irriguaient un vague terrain abrité de la lumière par des barres d'immeubles. La déchéance même de la nature était là toute visible, vaincue comme une pauvre conne, Sur un quai de gare la nature! ou dans les chiottes d'une aire d'autoroute, étouffée, ensevelit sous les tonnes de béton glorieux. J'aurais voulu y voir le reflet de la grandeur de ma civilisation barbare, mais mes yeux imitaient depuis longtemps ce ciel dégoulinant. J'aurais voulu y lire la dévotion des hommes pour leur semblable, mais j'étais trop écœuré pas sa sale gueule à la nature, par son couvert de ronces, par la grisaille de ses antres, par sa lâcheté dégueulasse... Comment pouvait on en arriver là? Je me récitais sans cesse la rengaine du Rouget, chant patriotique, hymne à la fierté d'appartenir à une espèce aussi splendide, aussi spectaculaire. J'aurais crié, si j'en avais eu le courage, aux volets clos combien je les enviaient, ces volets, renfermés sur leurs certitudes, aveugle des horreurs naturelles, dissidentes pièces de métal, carcans irréprochables, alliés grandioses de la servitude. J'aurais hurlé: « Et que pourrisse les herbes sauvages, maudites pestes, envahisseur végétale de la terre si chèrement glanée, ce socle fantastique des édifices miraculeux du XXième siècle, défis verticaux règne de la promiscuité, victoire du passé et irréfutable preuve de la supériorité de la race humaine ». Mais je n'étais pas assez fort. Ridicule petit con, stupide bonhomme aux sentiments sous perfusion. Si seulement j'avais pu relégué ma compassion et toute la merde dans un coin de mon cul. Si seulement j'avais pu un jour chier tout ça et me torcher avec mes dernières illusions, j'aurais tiré la chasse d'eau et tout balancé aux ordures. Alors, j'aurais pu être un homme, cracher à la gueule des fleurs immondes de couleurs et rire de leur perversion abominable. Mais je ne suis qu'un faible, qu'un pourri attendrit, qu'une raclure empoisonnée par l'esthétique de l'inutile. J'aurais du haïr le vivant au lieu de le vénérer comme le dernier des salopards, j'aurais du le conspuer: «  à bas le dictât de la diversité, à mort les écosystèmes ». J'aurais du célébrer l'argent, les grosses bagnoles et les putes... Si seulement j'avais pu être intelligent! Alors que je délirais, trempé d'eau sale, ma mère m'est apparue comme dans un songe, radieuse. Elle était habillée d'un champ de maïs transgénique et coiffée d'une couronne d'huile de palme. Sous sa toge dorée translucide, on distinguait les serpents lubriques qui faisaient la chasse aux derniers mammifères et des insectes géants qui pollinisaient des femmes droïdes aux vagins cerclées de corolles métalliques. Au lieu de nectar, ces hyménoptères immenses se nourrissait de liquide séminale et tous jouissaient d'un confort indécent. Dans ses yeux, ma mère portaient des diamant et de sa bouche coulait des rivières d'hydrocarbures. Elle pleurait, elle était une femme violée, outragée, bafouée. J'aurais voulu la serré dans mes bras, lui dire des choses gentilles, mais j'étais tétanisé, effrayé, alors je l'ai frappée, et violée encore et encore, jusqu'à ce que mort sans suive. Mais elle ne voulait pas mourir, et je sentais mes forces me quitter. Chaque fois que je croyais l'avoir achevée, elle revenait plus forte. Chaque fois que ma main prenait sa main, elle était brûlante, chaque fois que je l'aimais, elle me piquait, chaque fois que je la piquais, elle m'aimait. ça a duré comme ça pendant des années. Puis c'est moi qui suis mort de fatigue. Ignorant et vermoulu, désespérer et incrédule, morbide et analphabète. Je ne savais toujours pas ce qu'était un Rougegorge. Et J'ai continué ma route parmi les dédales obscures de ma raison défaillante. Je croyais d'abord n'y trouver que des culs de sacs lorsque tout à coup, j'ai aperçu une lumière. Pas très intense il est vrai, mais suffisamment lumineuse pour contraster avec les ténèbres environnants. C'était une petite ouverture, une brèche dans la digue bétonneuse de mes idées. Elle laissait entrevoir un monde d'embrun salé, d'océans furieux, de femmes-sirènes belles comme des pleines lunes. Alors j'ai pris mon courage à deux mains, alors j'ai sauté par dessus bord, alors je me suis mis à nager à contre courant. Mais j'avais peur, mais j'étais faible, mais j'étais vivant. Oh bien sûr que j'ai bu la tasse, j'ai presque failli me noyer aussi, mais je n'étais plus décédé pour la première fois de ma vie. Ça n'a pas duré longtemps. J'ai cru d'abord à un rêve. Et j'étais faible, et j'avais peur, et le courant m'a rejeté sur la digue. J'ai eu mal. La digue était érigée en fil barbelés, mais j'étais fière de ma première cicatrice. Alors j'ai sauté encore une fois dans la houle et j'ai nagé avec les dauphins. Je n'étais plus un homme, je n'étais plus un poids mort, j'étais une vague folle et je me suis échoué une fois de plus sur la digue. Cette fois ci, j'étais presque assommé. J'ai eu peur, je suis retourné me cacher derrière la digue. J'ai trouvé un trou et je m'y suis réfugié. Ce trou n'était pas un simple un trou. C'était le weltanschauung du peuple blaireau. Je suis parti vivre avec eux dans leur monde nocturne et souterrain. C'est alors que j'ai découvert la richesse du sous sol. Le royaume des vers, des taupes, des sédiments. Je fus d'abord circonspect autant que chaque être sensé puisse l'être, puis j'ai découvert une culture du sous sol, une société sous-jacente, et la vie sous la surface. J'ai découvert comment un arbre puise dans le réseau nécrophage pour produire la vie, comment la mort nourrit la vie, alors j'ai compris que je n'étais pas faible mais vivant. Comment la conscience de ma conscience, ce cheval fou, pouvait me permettre de contempler les rivages lointains du monde sauvage. Et je dégueulais des monceaux d'inepties inertes, et je vomissais mes travers, et j'assumais ma part de décrépitudes, et je grandissais encore, et encore. Et bien évidement que je continuerais à violer, et bien sûr que je continuerai à mordre, mais moins souvent, et le moins possible, et surtout, tant que j'aimerais, tant que je vivrais, je sais qu'un jour je deviendrai papillon.

Divagation d'un simple cerveau première


Trois heure du mat
Le nez dans la bière
Ici une moitié de nousdeux
Du fond de son hangar
Et qui contemple
La mort du goulag
Ivre...

De tout la haut
Qu'elle est belle et macabre
Ta déchéance
Mon p'tit
Patchanka
Barbare...

Même s'il est vrai
Qu'il ne sert à rien
De jouer les durs
Dans le no man's land
Standard
De tes angoisses...

Tu ne pouvais pas savoir
Pauvre novice
Que tout ça
N'était que vent de sable
Givre sur ton pare brise
De non-être
Débile...

Un p'ti shot de strychnine
Une taffe de nicotine
Sur taxée
Vent putride de liberté consumée
Pourrir
Te détruire
Oui mais quand même
Soumis à la gabelle...

Ganja
Foot
Alcools
Bagnole
Bleu blanc rouge
Et bannière étoilée
Révolution
Masturbation
Mypornmotion
Et prix du lait...

Tu finis ta branlette
Avant de rentrer dans ton Weltanschauung
Mort comme un nouveau née
Sordide de solitude et d'ignorance
Dégueulant cette immonde
Boulimie dégénérative...

Martini
Dans mon coktail molotov
Moins SLD
Crack boursier
Et overdose de foutage de gueule
T'exhibe salement
Ta pauvre tronche
Et la fin de ta tumultueuse
Descente aux enfers
Heureuse...

L'odeur scabreuse
De cette mascarade
T'excite
Et t'achève
Entre rire et pleure
Mort et coma
Exaltation
Et orgasme...

Nous planons sur des illusions
Et tapissons de notre ombre
Des famines meurtrières
Nous bâtissons des murailles
Barricadant des salmigondis
De non sens
Abrutis...

J'me marre
J'm'en branle
Jamais psyché et l'autre
N'ont été si concret
Si bandant
Les cons
Merci Léo.
Vendredi. Sixième jour de picking et les premiers abandons. Deux allemandes qui logeaient à quelques kilomètres de là ont disparut. Gaston et Camilla, si fière et courageux aux premières secondes de l'aventure nous quittent après deux bins lamentablement remplis en quatre heures. Le poids des escabeaux, le choc de la journée de boulot.
Erin se plaint du manque de rendement de son équipe de cueilleur. La pomme, si choyé pendant toute une saison, est un enfant gâté. Elle n'attend pas. Une fois mûre, doit être cueilli sans plus tardé. Cette pomme, fille de le biodynamie, aromatisée à la bouse de vache et à la corne pillée, cette petite pomme vaut de l'or, mais Nousdeux ne se rendent pas encore compte. Ils vivent ces heures de relative douceur concentrer sur les marches de leur escabeau et sur la vie sociale qui, en anglais prend des formes qui déjà, peuvent être effrayante pour qui saurait regarder derrière les faux semblants.
Jeudi. Petit comité à Te koha pour ce début de semaine. Nous attendons toujours les tchèques et les vanneux sont logés à Hedges, l'autre verger. Bruce est de retour également. Toujours aussi mystérieux et disparait aussitôt la journée terminée pour ne réapparaitre qu'à la tombée de la nuit.
De notre proposition, nous rétablissons le community cooking. Cuisine à deux et vaisselle à deux. Nous sommes donc six à demeure à Te koha. Tout est calme. Pavel et Irka arrivent ce soir. Nous préparons des crêpes pour tout le monde. Courtoise cohabitation, empreinte de sages discussions, de sages enfants... Il fait encore beau et nous pouvons restés le soir à contempler les étoiles.
Nous savourons ce début de saison tranquille, calme avant la tempête.
Dimanche. La symphonie des escabeaux débutent. Retour à la réalité pécuniaire. Douce et amusante sous le soleil de février. C'est l'échauffement, le sourire aux lèvres avec la désinvolture des premiers jours, sous la tyrannie relaxante d'un Smithy. Ou quand votre chef est un surfeur onomatopéique. Pas grand chose à redire pour l'instant. Juste avant le briefing du boss. on voit arrivé au compte goutte une partie de l'équipe qui loge ailleurs. Très peu de néo zélandais, un couple à vrai dire. On prend connaissance de ce qui nous attend. On écoute. On spécule. L'année dernière parait-il, les cueilleurs sont restés plus de trois semaines sans un seul jours de repos. La Royal Gala n'attend pas. Alors, l'escabeau se fait le prolongement de tout vos membres, la pomme votre raison d'être, le prix de la bin la carotte du voyageur. Besoin de dollars, d'or noir, denrée pétrolifère absconse, volonté de mouvement, d'annihilation d'une sédentarité insupportable. Nous ne le savons pas encore, mais nous sommes parti pour neuf semaines de vie intense qui creuseront un profond sillon dans notre visions de l'humain, de la vie en société, de nousdeux... Mais nous n'en sommes pas encore là.

Échauffement donc. Première soirée au sein d'un groupe qui se forme, qui se cherche. Un chilien et une galloise qui partirons bientôt, deux flamands nous rejoindront plus tard...
Samedi. Chaude journée de glande sur Te Koha. Surprise, Johnanus est de retour. Imprévu. Notre hollandais volant et ses casquettes sont de retour. Notre apprenti DJ nous revient et toujours ce gout de vieille connaissance. Ami ou ennemi, les gens que l'ont connait nous rassure, nous font nous sentir un plus chez nous...
Arrive également Jimmy, sous son chapeau, derrière ses tatouages. On dirait un peu Mike Jones, avec son parlé british feutré et un couple d'allemand, Patrick et Sofia.
Nous sommes 9: Un gros allemand, un hollandais fashion, un anglais tatoué, deux suédois non identifiés, deux allemands et nousdeux.
Vendredi. Le retour à Te Koha après un mois de route, c'est un peu un retour à la maison, notre maison, toujours sur un essieu d'accord, mais statique, dieu merci. Statique autour du soleil...
Le "retour à Te Koha dernière" clap et en une seule prise n'a rien à voir avec les précédentes versions donc. Nous sommes en terrain conquit, nous sommes Christophe Colombe au retour de son troisième voyage en Amérique. Quoi? Il n'en fit que deux, et alors! La familiarité des lieux nous fait du bien, nous qui avons découvert un nouvel environnement chaque jour depuis plus d'un mois.
Sous la pluie qui n'a cessée depuis le matin, nous déchargeons les courses achetées un peu plus tôt au Pack'n save d'Hastings la morose. A l'intérieur de la smokoroom nous retrouvons gros Lucas et faisons la connaissance d'Ulrika et de Simon (prononcé Simone, comme ma grand mère). Ils seront nos suédois pour les deux prochains mois. Le premier, à l'aise dans ses chaussettes comme à son habitude, nous sommes content de le revoir. Finalement, c'est comme un vieux pote dans ces circonstances. Les seconds, plutôt gênés, un peu réservés, nous observent nerveux du coin de l'œil. Nous sommes en terrain conquit vous dis-je. Gros sabots et décontraction. Nous essayions de détendre un peu les vikings contractés. Vaine entreprise. La glace restera épaisse ce soir et nous sommes trop fatigués pour insister.
Du riz, une fricassée de légumes en terrasse. Il ne pleut plus. Notre caravane. Notre PC. "Into the wild". Et déjà, vieux démon du nomadisme, les démangeaisons du sac à dos et la nostalgie de l'inconnue, moins de 10 heures plus tard.

le post II, le retour

Les chiens bleus hurlent à la mort! Il n'y a plus que les pilotes anonymes pour croire que dans cette vie là, nous pourront continuer à foncer tête baissée, le vent dans les dents, les yeux figés sur l'horizon, fou. Ne sommes-nous pas déjà mort? La puissance de cette exaltation que tu ressens à ce moment ne correspond-elle pas à l'implacable pulsion, à cette immuable tentation, à cette volonté que tu as de tout détruire, tout simplement? Les démons de minuits pourchassant la gueuse jusque dans dans les agapes dominicales, en compagnie de tes muses familiales, te feront dégueuler jusqu'à l'ultime soupçon d'autosatisfaction que tu pouvais planquer là. Ah! mais moi je sais... Je te regarde et je te connais, par cœur. Je te vois et je te sais, perdu, honteux, malade de n'être que toi. Mais j'avoue que tu t'en tire bien. Aux jeux de l'illusion, tu excelles. Et tu voudrais et les dupes eux, y croient. Si seulement ils avaient le courage de regarder, de voir, ils sauraient que comme toi, ils jouent à ce jeu maudit de n'être qu'eux même, ils se rendraient compte que dans la partie sordide que tous parodie dès le petit matin, personne ne peut doubler l'autre, personne ne peut mentir à celui qui tout au fond se meurt de ne pouvoir être, seulement exister pour ce qu'il est et rien d'autre, n'être que soit, qu'elle terrible sort, n'être que soit, tout seul face à la mort!