mardi 30 décembre 2008

La grande traversée

(Naute eu deu l'hauteur: Suie te ah uneu panneu dû coraikteure d'aurtograffe, ïle ai faure praubable queu quêlkes fôtes seux soie fort ui teu man glissées eau saint due taixteu sit deux sous. Daisolé)
Nous poursuivons notre route direction Whakatane (fakatane). On nous a conseillé la route qui longe l'océan depuis "the bay of plenty" jusqu'à Gisborne. Amazing, beautifuf, wonderbar... Les qualificatifs ne manquent pas et on nous a assuré une virée inoubliable. Sur la route, nous avons prévu de nous arrêter à l'un des nombreux sites à l'activité volcanique remarquable qui jalonnent la route. Notre itinéraire est une sorte de route des vins mais avec des mares de boue bouillante (ben oui), lacs bleus et jaunes, geysers et odeurs d'oeufs pourris, il n'y a qu'à suivre les panneaux...
Peu après dix heures, nous arrivons à "Wai-O-Tapu" qui veut dire en français "eaux sacrées". Ici aussi les qualificatifs ne manquent pas pour décrire la promenade d'une heure et demi. Cependant une chose est sûr, en arrivant là on est à peu certain que tous les touristes de la Nouvelle Zélande se sont passés le mot. On se croirait devant le mausolée de Lénine le jour de la fête du parti. Du coup Nousdeux prennent peur et reniflent l'embrouille. Nono se jettent dans la cohue, slalom entre les dévotes du volcanisme et finit tant bien que mal par atteindre l'entrée du site. 30 dollars par personne. Combien pour le café au lait et le cookie au beurre?
Indigné à juste titre par le prix de la prestation où, faut il le rappeler, Mother Nature est la seule actrice, Nousdeux s'en retourne à leur route, laissant aux vrais touristes les joies des promenades qui sentent le souffre.
Nous repartons direction "the bay of plenty" avec un gros doute. Avons nous réellement envie de nous coltiner les 350 kilomètres de routes qui séparent Whakatane et Gisborne, sachant qu'il n'y a absolument pas moyen de reduire le trajet et qu'à ces 350 bornes il faut en ajouter environ 350 pour boucler la boucle pardi?
Sophie propose alors un itinéraire bis. Sachant que nous pourrons rejoindre Gisborne par une petite route qui sera bientôt sur notre droite, que cette petite route traverse une forêt (chose remarquable en Nouvelle Zélande), et que dans cette forêt on trouve un parc national, Te Urewera national park, nous optons d'un commun accord pour la bifurcation.
Nous avons progressé sur un bon rythme. Il a fait plutôt beau et les routes sont bonnes. Cela ne va pas durer. Après quelques kilomètres, la route sur laquelle nous nous sommes élançés se tranforme en une piste carrossable mais trouée. De la rigolade pour les gros pick up 4*4. Affaire un peu plus délicate pour notre bonne vieille Honda. Notre marche glorieuse prend dès lors des allures de slalom géant en dévers et sur le verglat. Une lecture un peu plus appronfondi de la carte nous apprend que se ne sont pas moins de 90 kilomètres d'une spéciale digne du rally des milles lacs qui nous attendent. Avec des pointes à 40 kilomètres heures, Ari Vatanen n'a pas grand chose à craindre de nous.
Nous prenons conscience également d'une chose plutôt édifiante. Nous pénètrons au sein de la "rainforest", ou forêt pluvial, qui comme sont nom l'indique est une forêt (sans déc!) où la pluviométrie est élevée et où justement, pour le coup, et bien il pleut (vous ne l'aviez pas vu venir ce coup là avouez).
Récapitulons. Nousdeux, une honda civic, une piste mi-terre mi-cailloux mi-flaques d'eau, le déluge et une jauge à essence qui tire méchament du côté du E (pour empty, vide). Evidement, et cela fait aussi partie des traditions, au moment de croiser la dernière station essence, Nono, de l'oeil avisé du grand sage des paumeaux qu'il est, n'a pas daigner s'arrêter et nourrir sa bête (la civic, on est bien d'accord). En fait, quand la route tend à monter, la jauge indique un "ça ira" tranquille, lorsqu'elle descend, elle glisse alors sur un "ouille ouille ouille" inquiétant. Nous faisons la moyenne des deux et nous obtenons un "en serrant les fesses on s'en sortira sans trop se mouiller".
C'est dans cette ambiance alerte rouge que nous découvrons la forêt pluviale. Un épais tapis de végétation qui recouvrent les collines environnantes. Toujours verte, impénétrable, riche de milliers d'espèces végétales et animales. Elle est un palais de verdure. Dans ce monde là, la Nouvelle Zélande est un royaume qui jadis n'appartenait qu'aux oiseaux. Un royaume humide, bati de palmiers aux feuilles immenses, de pins millénaires, de fougères géantes, d'arbres ébergeant dans l'entremêlement de leur ramures d'autres arbres, de fleurs, de lianes serpent... Un royaume où les espèces végétales se livrent une guerre sans merci pour chaque rayon de soleil. Un royaume magique où les lumières d'Hélios se transforment en matière nourrissière...






Cette lumière, dont le spectre se disséque au milieu des gouttes qui perlent sur le pare-brise, aujourd'hui, peine à traverser l'épaisse couche de nuages. De la peine, nous en éprouvons aussi à atteindre le bureau d'information du parc et les bords du lac Waikaremoana. Toujours sous des trombes d'eau, nous y débarquons au milieu de l'après-midi. Nous y trouvons les premières infos sur les activités que proposent le parc. Première info et première mauvaise surprise. La randonnée phare du parc qui parcourt les rives du lac est une "great walk". C'est à dire qu'il faut payer un supplément pour chaque nuit passée dans les refuges. Nous avons déjà payé un passe 90 dollars. Hors de question de payer 25 dollars par personne et par nuit ici. On nous renseigne sur une autre rando. Ce n'est pas une great walk mais il faut payer aussi un supplément pour pouvoir rester dans le refuge.
Nous sommes indécis. Il est trop tard pour sortir aujourd'hui. Nous renseignons sur la météo des jours a venir. Bonne chance de pluie pour demain, possibilité de beau pour après demain. Cela renforce encore un peu plus notre indécision.
Nous sortons du bureau, nous asseyons sur un banc et faisons un point. Nous sommes le 30. Demain c'est la saint Sylvestre. L'idée de passer le réveillon au milieu des bois nous plait mais en contre partie, la perspective de randonnée sous la pluie nous refroidit. Pourtant, malgré l'austérité des lieux, la forêt, emmitouflée dans ses voiles de brumes, nous attire. Aussi, la curiosité nous pousse à la visite de cette immensité verte. Nous prenons la décision de rester ici cette nuit et de voir le temps qu'il fera demain.
A deux kilomètres, une station service et une épicerie. Les prix sont aussi hauts perchés que le ciel rase la cime des arbres. Pas le choix. Nous faisons le pari de n'emplir le réservoir que de 10 litres. Nous apprenons qu'il y a un petit village et un bistrot à quelques kilomètres de là. La perspective d'une bière fraiche excite nos gosiers assèchés par les kilomètres de piste et nous avons vu tomber trop d'eau ces derniers temps pour avoir envie d'en boire. La piste encore et toujours, puis enfin du bitume, une maison, puis une deuxième, puis une enseigne. C'est là. Une barrière encercle quelques cabanes de bois et une cour. Dans cette cour, deux pick up. Dans ces pick up, des tonneaux blanc avec dessus d'effrayantes têtes de morts rouges. Nous pénétrons dans l'enceinte. L'endroit semble désert. Il ne pleut plus. Timidement, Nono sort de la voiture, fait trois pas. La porte d'une des cabanes est ouverte, autorisant une vue sur sa ténébreuse intimité. Un comptoir, des tables, des scelles de cheval mais toujours personne en vue. Il s'avance encore un peu lorsque une voie l'interpelle. Dans un sursaut il se retourne.
"What do you want?" (Qu'est ce que tu veux étranger!).

Les pirates sont là, juste derrière, la mine grise et les yeux sombres. L'un deux, assis sur caisse de bières, le fixe sévèrement, tant dis que l'autre, dressé dans un long imper noir, le dévisage sous le couvert d'un large chapeau.

"Is it possible to have a bier?" (Nous voudrions boire une bière, brave homme, s'il vous en plait), répond Nono tout en s'efforçant à dissimuler son accent et un léger mal aise, les yeux rivés sur les deux bières fraichement décapsulées, ruisselantes de désires, trônant devant les deux hommes.

"It's not possible" (ça va pas être possible étranger), répond sèchement l'homme aux yeux sombres.

"Is it too early? May we come back latter?" (Est-il trop tôt, n'êtes vous point encore de service cher ami?), demande calmement le jeune aventurier de l'impossible.

"No! We're off today.", (Nan! c'est fermé aujourd'hui) rétorque fermement l'autochtone.

"So, enjoy your day off!" (Qu'il est fort plaisant de jouir de la vie assis sur une caisse de bières tout en se délectant d'une bonne chopine en compagnie d'un ami par un agréable jour de congé hebdomadaire), réplique Nono en souriant malicieusement.
"Thanks" (ouais c'est ça!), conclut le cowboy, en lui rendant un sourire édenté.

De nouveau dans l'habitacle rassurant de la voiture, Nono décrit en deux mots la scène à Sophie qui était restée sagement dans la voiture. D'un nouveau commun accord, ils décident de fuir, une fois n'est pas coutume, la froideur terrifiante des lieux en se jurant de ne jamais y revenir.

Deux heures plus tard, nous marchons sur une plage de "Poverty bay". Le soleil de la fin d'après midi sèchant la carrosserie de notre véhicule, c'est dans la contemplation sereine de l'océan et des charognes puantes que nous terminons cette journée pleine de rebondissements, cette journée d'initiations et de méditations transendentales, cette journée de vagabondage si vous préferez.

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