jeudi 22 janvier 2009

Angelus Hut

Au petit matin, Nousdeux sont déjà debout. Prêt à en découdre une nouvelle fois avec des dénivelés hallucinant sous un soleil de plomb. Un dernier petit café avant de plier la tente puis nous finissons d'emplir nos sacs de forçat des sentiers. Peu de temps avant que le soleil ne fasse son entrée dans la vallée, nous recevons la visite du plus sympathique des hôtes de ces bois. Robin Hood en personne vient nous saluer. Fièrement dressé sur deux frêles petites pattes, il nous observe crânement du capot de la voiture. Cape grise et poitrine blanchâtre, nous venons de rencontrer the New Zealand Robin, ou Toutouwai, (Petroica australis), petit moineau intrépide. Nous l'observons d'un oeil amusé. Nono, craignant d'effrayer l'animal, glisse furtivement jusqu'à l'appareil photo mais le Robin, nullement impressionné, accompagne le garçon jusqu'au coffre de la voiture. Posé sur le sol à moins de deux mètres de nous, le Robin prend la pose pour une première série de shooting. Il sautille, s'envole, s'approche jusqu'à venir picorer le pied de Sophie. Étonnant petit oiseau qui n'a pas inscrit dans son patrimoine génétique la crainte de l'homme.
Le soleil continu sa course autour de la Terre, il est grand temps pour Nousdeux de partir à l'assaut de l'étape du jour.
Au programme de la journée, les hauteurs qui surplombent le lac Rotoiti. Au départ du Mt Robert carpark, nous empruntons le sentier qui mène à Angelus hut par la crête. Le ciel est couvert mais la flotte de nuages grisâtres navigue bien au dessus des pics et ne menace pas.
Flirtant avec la forêt, le sentier serpente le long du flan nord du Mt Robert. L'ascension est éprouvante dès les premiers mètres mais la récompense est largement à la hauteur des efforts fournis. Des parterres multicolores nous offre un échantillons de la flore régionale. Le coteau déboisé nous dévoile très tôt une vue imprenable sur St Arnaud, le lac et une partie des provinces de Marlborough et de Tasman. A près une bonne heure de grimpette, nous nous arrêtons pour admirer notre première vue panoramique de l'île sud.


Dix minutes pour redescendre en température et nous repartons en direction de la hut. Le sentier suit désormais la ligne de crête et, même s'il prend de l'altitude en permanence, n'oppose plus vraiment de difficulté. Le seul hic, si je peux m'exprimer ainsi, se sont les nombreux groupes de randonneurs que nous croisons dès lors. Ici encore, on oscille entre franche courtoisie et connerie affligeante. A deux ou trois reprises il nous faut prendre une grande bouffée d'oxygène pour ne pas risquer une asphyxie du néo cortex comme certains de ces cro-magnons... Arrêtons là ces considérations redondantes et reprenons le cours de la description bucolique. Le paysage qui s'offre à nous est d'une pure beauté alpine. Nous naviguons depuis quelques de temps au dessus de la zone de végétation. A droite et à gauche, la pente plonge sur les lacs Rotoiti et Rotoroa. A l'est se dessinent de longues arrêtes saillantes dominant de quelques centaines de mètres l'étage forestier. Le contraste est saisissant entre les traînées de roches pâles qui coulent au fond des vallons et dissolvent des prairies jaunâtres, la découpe franche du vert sombre des forêts primitives et le liseré bleuté qui sépare l'horizon du tapis de nuages. Sur le sentier pierreux bordé de moutons jaunes et bleus, des sauterelles aux ailes d'or ainsi que des papillons noirs nous font une haie d'honneur... En contrebas du sentier, au milieu des nuances de gris calcaires, des tâches de végétations verdâtres et des touches ocres nous remémorant que nous longeons une faille imperceptible séparant deux morceaux de planète.


Nous croisons dans un sourire le dernier groupe de marcheurs. Pour quelques précieuses minutes, la montagne et son cortège de réjouissances sont notre exclusivité.


Un peu avant 16 heure nous dépassons un petit col dominant un lac blotti au creux d'un petit cirque. C'est Angelus lac et c'est sur son rivage que l'on a construit la très populaire Angelus hut. Comme nous nous en doutions, nous observons aux jumelles que le lieu est très peuplé. Il y a derrière nous, à deux ou trois centaines de mètre en contre bas, une terrasse recueillant deux lacs aux eaux d'un bleu plus intense que celui des pubs pour le club med. Dans un élan misanthropique décomplexé, nous décidons d'y planter notre tente pour la nuit.
La descente est périlleuse par endroit et la lourdeur des sacs se faisant ressentir, nos pas ne sont pas toujours très lestes. Lentement, nous arrivons. Un tapis d'herbes durs recouvre une zone plutôt plate de la terrasse à gauche du petit lac. Nous sommes soulagés de constater que nous pourrons y planter la tente et qu'en l'occurrence, nous ne seront pas obligés de remonter les 300 mètres de dénivelé. Nous posons les sacs à terre et faisons un tour d'horizon. Avec nos premiers pas dans cet espace époustouflant, nous constatons que la végétation très riche de l'endroit n'est absolument pas adapté à nos pas de gros bipèdes. Toutes les espèces sont à l'évidence taillés pour endurer le froid, la neige, le vent, les conditions de montagne en fait, mais rien n'a été prévu dans leur système de défense pour résister au piétinement. Sous nos grosses godasses, nous sentons les plantes se briser dans un petit frémissement. Nous sommes des éléphants et la nature ici est un magasin de porcelaine. Nous nous rappelons alors que cette terre à vécue jusque il y a un petit millier d'années sans le moindre humain, sans le moindre mammifère. Il nous faudra limiter nos déplacement au minimum et marcher sur les pierres ou sur les espaces d'herbes durs.
Nous plantons la tente et profitons de la fin de journée pour lézarder au soleil. Plus tard nous préparons un dîner frugal et allons nous coucher en même temps que le soleil. Le vent se lève. Il s'amusera à chahuter le bivouac toute la nuit.

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