vendredi 23 janvier 2009

Coldwater hut

Une fois de plus, le jour qui se lève est une délivrance pour Nousdeux. Le vent nous a hurlé toute la nuit que ce territoire lui appartenait et le sommeil fut très précaire. Tama-nui-to-ra, dans un bon jour, nous console et nous offre une matinée splendide. Ricochant sur les falaises humides, ces rayons font étinceler des rivières de diamants. Depuis notre perchoir, nous observons un banc de brume qui rapidement se disperse. Des petits nuages s'en détachent et remontent à toute allure se dissoudre dans le bleu du ciel. La journée sera chaude à n'en pas douter. Nous sommes ravis de devoir redescendre dans le vallon et par la même occasion, gagner la forêt et sa fraîcheur.
Malgré la journée de marche qui nous attend, nous prenons tout notre temps ce matin. Notre campement est idéalement placé et il est difficile d'y dire au revoir. Il nous faut également rejoindre la hut pour remplir nos camel back. Un passage à flan de coteau nous emmène jusqu'au sentier que nous devrons emprunter pour gagner Coldwater hut. Nous venons de faire l'économie de 300 mètres à monter puis à redescendre.
Il est déjà 9h pourtant il y a encore beaucoup de monde à la hut. Deux ou trois tentes ont même été montées derrière elle. Nous remplissons les poches de précieuse eau de pluie, un crochet par la boîte à caca et nous revoilà sur notre corniche. Un dernier coup d'oeil à la profonde gorge que nous dominons pour quelques minutes encore et vers dix heures, nous sommes parer à y descendre. Juste à temps. Un groupe de dix personnes déboule dans notre petit éden. De toutes évidence, ils sont accompagnés d'un guide qui connaît bien les lieux. Ils s'assoient dans la pelouse à une cinquantaine de mètres de nous. Nous les entendons s'extasier, prendre des photos. Nous les dépassons et les saluons. Certains nous répondent.

La descente s'effectue le long d'un petit ru qui dévale ou saute en fonction de la pente. Le descriptif de la rando prévient qu'en cas de gros temps, il est impossible de passer par là. Aucun problème aujourd'hui. Nous descendons doucement le sentier escarpé, déjà chauffé par les rayons de soleil. Le parcourt est embaumé par cette odeur d'herbes grillées. Toujours les mêmes sauterelles, les même papillons qui dansent dans la chaleur du jour. Des bordées de fleurs sauvages usent de tous leurs charmes pour conquérir le coeur de ces insectes. Pendant une heure, nous transpirons sur le sentier brûlant, souffrons dans les pierriers, funambulons au dessus du torrent et cabriolons dans les passages techniques. Et finalement, nous gagnons la forêt. La pente devient plus douce et la température acceptable.



Nous relevons la tête pour observer notre observatoire. Une falaise abrupte et plusieurs centaines de mètres nous en séparent désormais. Dans un soupir, nous reprenons le cours de notre aventure et pénétrons dans la fraîcheur du sous bois. A cette altitude, l'essence qui peuple ces forêts primaires est le Mountain Beech (Nothofagus solandri), arbres au feuillage confetti. Avec ses cousins Red et Silver qui prennent le relais un peu plus bas, ils sont à la fois la signature dendrologique de la Nouvelle Zélande et une preuve de l'existence du Gondwana. Nous en reparlerons un peu plus tard...

Au cours de la longue descente qui mène au fond de la vallée, nous croisons quelques oiseaux, notamment le riffleman, micro-oiseau (Acanthisitta chloris), et quelques élégants fantails (Rhipidura fulginosa). Plus bas, à découvert, des yellow hammer (Emberiza citrinella) et au bord de la rivière et du lac, quelques bernaches du Canada (Branta canadensis) et des grands cormorans (Phalacrocorax carbo).

Autre aspect remarquable de la descente: les coupes franches qui déchirent la forêt ça et là. D'imposantes chutes de pierres qui, en dégringolant des flancs des montagnes, ont roulées jusqu'au plus bas du vallon en brisant tous les arbres se trouvant sur leur trajectoire. Ou comment l'érosion façonne le paysage. Impressionnant.

Nous terminons la journée sur le plat. Malgré cela, nous sommes un peu fatigué. Une petite heure à longer la rivière qui alimente le lac Rotoiti que nous rejoignons en même temps que la hut. Un couple de kiwis nous y précedent. Avec la proximité de l'eau, les sandflies sont de retour, toujours aussi voraces. Nous ne traînons pas avant de rentrer dans le refuge. Il n'est pas encore 5 heure et nous voilà enfermé à cause de ses maudites mouches. On souffle un peu puis nous déballons quelques affaires. Ensuite, nous avalons une soupe de noodle avant de tenter une sortie. Puisqu'il n'y a pas moyen d'échapper aux mouches en plein air, nous nous jetons à l'eau. Un bon bain dans les eaux troubles du lac. Température de la flotte, environ 20 degrés. Plutôt agréable une fois dedans. La baignade est d'autant plus délectable qu'elle nous permet à la fois de nous délasser et de nous débarrasser d'une couche de sueur salée qui s'est accumulée pendant deux jours. Même si on arrive à se passer de douche pendant plusieurs jours, il y a des parties du corps qui méritent que l'on nettoie un minimum chaque jour. Je ne fais pas de dessin.
Quelques petites brasses à la Chaudard, qu'est ce qui nage bien le chef, et c'est le retour à la hut, à notre paillasse, à nos bouquins. Entre temps, un couple de hollandais a débarqué et vers huit heure, un espagnol et un autre néo-zélandais sont arrivés. Ces derniers ont effectué une course de plus de dix heures aujourd'hui ce qui à toujours le mérite de nous remettre à notre rang de "petit" randonneur. Nous voilà donc à huit dans la petite hut mais c'est comme si nous n'étions que deux ou trois. Ambiance feutrée. Solennité de l'instant. Sérénité des âmes. Quelques mots sont échangés par ci par là, toujours avec douceur, le sourire aux lèvres. Et comme à chaque fois, lorsque la pénombre s'installe, tout le monde rentre tranquillement dans son sac de couchage, d'où un sommeil facile les emporte.

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